DANS LA PEAU D'UN NOIR
Publié le 26 Octobre 2012
Vous êtes-vous déjà imaginé un instant dans la peau d'un oprimé?
On peut essayer d'imaginer l'oppression quelle qu'elle soit, subie par les uns ou les autres, c'est souvent ce que l'on fait par empathie lorsque l'on ressent un sentiment d'injustice pour un autre. Mais comment mieux ressentir l'oppression qu'en devenant soi-même un oprimé ?
C'est ce qu'a décidé de faire John Howard Griffin en 1959. Cet écrivain Américain blanc né en 1920 à Dallas, hanté par la ségrégation raciale, décide d'aller au fond du problème en devenant lui même noir grâce à un médicament utilisé contre certaines maladies de peau, une lampe à ultrat violet et un colorant. Le résultat est impeccable puisque personne ne soupçonnera la supercherie. J.H.Griffin passera ainsi 6 semaines à la Nouvelle Orléans et dans le Mississipi.
Il sortira de cette expérience un journal de bord qui deviendra très vite un livre culte, véritable témoignage édifiant de la société Américaine de l'époque. Griffin ne tombe pas dans ce qui aurait pu être un procès contre les blancs, mais relate objectivement ses découvertes et les mécanismes incidieux de la situation, qui relèvent principalement d'une grande méconnaissance des uns pour les autres, et d'une volonté farouche de quelques extrémistes pour que les choses n'évoluent jamais.
Il s'agit bien sûr de l'Amérique profonde en 1959, on pourrait donc trouver ce livre obsolète ou au mieux historiquement intéressant, mais il est plus que ça ; il témoigne de l'humain et de la capacité de ce dernier à traiter des personnes différemment du simple fait de leur faciès ou couleur de peau. De cette injustice qui, non traitée ou si peu, finit par faire payer tout le monde en faisant naître la haine et l'incompréhension de tous côtés.
Ce livre fait échos à beaucoup de situations du monde d'aujourd'hui , qui sont dues à la supériorité de certains sur d'autres. La cause des noirs en est une, et à mon goût particulièrement minimisée. Quand je dis cela je pense, (entre autres car les exemples débordent de ma tête) à cette information que j'ai très récemment découverte ; des femmes d'origine africaine qui, pour pallier au manque de crèches dans Paris, travaillent 50 heures/semaine en tant que nourrices (et femmes de ménage même si ce n'est absolument pas prévu dans ce travail) dans les familles parisiennes bourgeoises pour 1100 Euros mensuel. (source France Inter).
A quoi a-t-on à faire dans ce cas sinon à de l'esclavage moderne, et de la superiorité d'une frange de la population sur une autre ?
Ce livre peut aider à toucher du bout du doigt le malaise profond d'une partie de nos concitoyens un peu trop foncés, malaise à peine abordé sérieusement par les médias et la société.
Je devance certains esprits qui pourront arborer ou seulement penser au fameux "racisme anti-blancs" tellement injuste ; je répondrais que la la haine, le mépris, la condescendance, ou même la différence de traitement inconsciente dont tout le monde peut faire preuve juste à cause d'un teint coloré, est d'une violence très sous-estimée.
Peut-être qu'après la lecture de ce livre vous penserez tout comme moi, qu'il serait peut-être temps de se débarrasser de l'habitude "pas si grave" et si "délicieusement potache", de certains d'appeler ces gâteaux meringués ; "tête de nègre".